Du 9 au 13 octobre derniers, Gérard Testard et Patrick François ont quitté le siège international pour aller visiter Fondacio au Liban, et faire un premier voyage en Syrie. Retour sur un séjour aux enjeux de taille…
La volonté première de la visite au Liban est d’y relancer Fondacio après les ravages causés par la guerre de 2006 : la plupart des jeunes sont partis sur une terre moins bousculée, les responsables dans la cité sont partis travailler dans les pays voisins, etc. Le constat général est celui d’une situation douloureuse, les investissements du passé étant aujourd’hui réduits à presque rien. Il n’en reste pas moins que Fondacio est présente au Liban et entend y demeurer. Patrick François, vice-président de Fondacio et accompagnateur du Liban, et Gérard Testard, sont venus apporter leur aide à Toufic Aris, responsable de Fondacio au Liban, afin de regarder plus loin que ce seul constat. Ils ont souhaité ensemble porter leur regard sur l’enjeu culturel, social et politique que peut représenter la présence des chrétiens en Orient. D’où l’idée d’un colloque sur le thème « Chrétiens d’Orient : leur rôle, leur espérance » à l’université jésuite Saint Joseph de Beyrouth, le samedi 10 octobre.
Environ 85 personnes ont écouté les interventions suivantes :
Les dangers qui guettent le christianisme d’Orient : dissolution ou ghettoïsation ? Une troisième voie est-elle possible ?, par Sami Nader, économiste, professeur à l’université saint Joseph ;
Un mouvement international de laïcs comme Fondacio souhaite devenir plus solidaire des chrétiens d’Orient : comment le pourrait-il ?, par le P. Hervé Legrand, dominicain, professeur à l’Institut Catholique de Paris. L’intervention de ce dernier a été particulièrement appréciée : après une analyse subjective de la situation, le P. Legrand appelle au dialogue et à un « échange de dons », selon l’expression rendue célèbre par Jean-Paul II, plutôt qu’à une aide, une aumône ou un sauvetage ! Selon lui, la tradition orientale ne peut pas être reléguée dans un musée comme un vestige du passé…
Le rôle des chrétiens en Orient, par le P. Samir Khalil, jésuite. Son intervention a permis de noter le manque de vision pastorale des chrétiens par rapport aux musulmans et à s’interroger sur ce qui peut être fait dans ce sens.
Appel et encouragement pour Fondacio à être présente en Orient, par le P. Victor Assouad, provincial des jésuites pour le Proche Orient.
Le colloque a été suivi d’un dîner en présence de tous les intervenants, des hôtes organisateurs et d’invités de marque comme Mgr Guy-Paul Noujaim, évêque maronite diocésain et accompagnateur de Fondacio au Liban, Mgr Nabil El-Hajj, évêque maronite de Tyr. Au cours de la soirée, la visée de Fondacio a été reprécisée et l’importance de sa présence au Liban confirmée.
En plus de l’événement que représentait le colloque, le voyage a permis la rencontre de nombreuses personnalités dont le Cheikh Mohammad Nokkari, directeur général de Dar al-fatwa (la plus haute instance de l’Islam libanais), lequel a publié en janvier dernier une « Lettre ouverte à mon cousin juif », qui retrace le conflit islamo-juif depuis ses origines jusqu’à nos jours. Le Cheikh donne de plus une information de première importance : pour la première fois, un rassemblement publique regroupant musulmans et chrétiens s’est tenu le 25 mars 2008 sur le thème « Ensemble autour de Marie, notre Dame ». Cet événement a eu un tel impact qu’il va sans doute être répété chaque année à la même date. Par ailleurs, un monument verra probablement le jour, érigé sur la place même de ce rassemblement.
Autres rencontres marquantes : Mgr Samir Nassar, évêque maronite de Damas, Libanais et non Syrien, mais aussi son Excellence Mgr Youssef Bechara, archevêque maronite d’Antelias, qui note l’instabilité politique au Liban et les risques croissants de l’ingérence extérieure s’il ne s’agit pas d’une aide durable devant être selon lui assurée par des liens politiques ou institutionnels. Le chrétien, précise-t-il, a un rôle à jouer. La diaspora est importante, mais les liens affectifs disparaissent après deux ou trois générations.
Depuis le voyage, le groupe communautaire de Fondacio, baptisé « Levain », se réunit de nouveau pour prier, s’encourager à tenir bon et redévelopper peu à peu les axes missionnaires (jeunes, couples et famille, seniors et aînés, pauvretés, responsables dans la cité). Toufic Aris est revenu quelque temps en France pour travailler et se donner les moyens de vivre cet échange de dons préconisé par le P. Legrand au cours du colloque.
Le voyage a donc poursuivi sa route jusqu’en Syrie pour ne pas cantonner les chrétiens d’Orient à la seule terre libanaise, mais aussi parce que des appels venant de Syrie se sont plusieurs fois fait entendre. La décision a donc été prise au siège international de Fondacio pour se rendre notamment à Damas et à Alep, afin de rencontrer et d’écouter les responsables civils, politiques et ecclésiaux.
La Syrie est un état laïc où les sunnites représentent la majorité religieuse. Le président syrien, Bachar El-Assad appartient à la communauté minoritaire des alaouites, proches des chiites. Les chrétiens représentent 6 à 10% de la population, répartis dans onze communautés. L’inconvénient est grand sur le plan pastoral : chaque communauté cherche davantage son propre bien que le bien commun de l’Eglise du territoire syrien.
Tout comme au Liban, le séjour en Syrie a permis des rencontres significatives. Sa Béatitude Grégoire III Laham, primat de l’Eglise grecque-catholique melkite avec le titre de Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem des Melkites, affirme que l’avenir est dans le dialogue islamo-chrétien : « Chrétiens, musulmans ou juifs, si nous sommes incapables de dialoguer, alors nous sommes finis », a-t-il confié. En plus de visites telles que la mosquée des Omeyyades ou la maison d’Ananie (l’homme qui rend la vue à Saint Paul après sa conversion sur son chemin vers Damas), le séjour aura bénéficié d’autres rencontres toujours pleines d’intérêt pour la compréhension de la situation locale : M. Alain Bifani, directeur général du Ministère des Finances ; M. Antoine Tatouel, président de la communauté CVX en Syrie ; le P. Georges Sabeh, provincial des Maristes du Liban et de la Syrie ; la sociologue Mme Louma Salman, M. Georges Antaki, collectionneur d’art et responsable local de la Société Saint Vincent de Paul ; son Excellence Mgr Youssef Anis Abi-Aad, archevêque maronite d’Alep. Ce dernier a lancé une invitation à Fondacio à venir travailler avec les Kurdes qui ne sont ni musulmans ni chrétiens…
Au terme de ce voyage, il reste que de nombreux ’’dossiers"" sont à travailler. L’enjeu n’est pas seulement pour Fondacio mais d’abord pour les chrétiens d’Orient, pas seulement spirituel mais aussi culturel.