Claire de Sousa et Michel Akkaoui, au ChiliLe 12 juin 2008 Et avec Fondacio... Nous avons aussi un engagement commun avec les jeunes de Fondacio. Fondacio Chili est, en particulier, présent auprès des jeunes dans leur vie d’adolescents et de jeunes adultes, pour les aider à prendre plus conscience de leurs richesses, à affirmer leur identité, à réfléchir au sens de leur vie, aux enjeux de la société… Nous faisons partie de l’équipe de préparation et d’animation pour les jeunes. Nous avions décidé de faire une rencontre d’un weekend, qui devait avoir lieu fin mars, puis fin avril, puis mi-mai, puis fin mai… Ce weekend nous l’avons enfin organisé et concrétisé ! Une rencontre au bord de la mer, dans un cadre magnifique pour des jeunes entre 12 et 25 ans… sacré défi de réunir des âges et des préoccupations si différents ! Le WE s’appelait Encuentra-Te, ce qui signifie, rencontre-toi, nous y avons abordé beaucoup de thèmes touchant l’identité, l’estime de soi, l’audace d’être soi-même dans un monde où les adolescents se laissent souvent absorber par des attitudes de groupe, qu’elles soient vestimentaires, de langage, de boire, de fumer… J’ai été très touchée par la profondeur des échanges, la vérité aussi dans notre humanité fragile, dans nos limites… Je crois que ce type de weekend est vraiment porteur d’espérance, qu’il peut amorcer des changements personnels profonds, et que c’est en humanisant nos vies qu’on peut humaniser et rendre meilleures nos sociétés. L’autre grande réussite de ce weekend à mes yeux à été de rendre possible la rencontre entre jeunes de población et jeunes des quartiers riches. Il existe un rejet profond des deux côtés, les jeunes des "barrios" sont révoltés, à raison, de tant d’inégalités, de vivre dans une société consumériste où tout est accessible à seulement quelques uns, mais surtout où l’éducation n’est possible que jusqu’au bac gratuitement (mais d’un niveau extrêmement faible dans le publique). Il leur est presque impossible d’étudier à l’université… parce qu’il faut payer une fortune, parce qu’il faut continuer à manger… J’ai vraiment eu la sensation de me cogner violemment contre un mur en entendant deux jeunes de mon âge, avec leur rêve « fou » de devenir instituteurs, après avoir cherché de toutes leurs forces des aides financières pour réussir leur projet... abandonnant, et restant désespérés. J’avais déjà conscience des limites de ce pays quant à l’éducation, mais là, dans ce lieu privilégié où l’on nous demandait de regarder dans nos vies ce qui nous entravait à vivre pleinement, à faire des petits pas dans nos vies pour être plus soi-même ; cela à été déchirant pour moi de voir l’incarnation de cette triste réalité, de les entendre dire que leur limites, ce qui les empêche d’être heureux, de vivre dignement, ce sont des limites externes sur lesquelles ils ne peuvent rien… et dans cette réalité comment ne pas désespérer ? Je crois que le Chili à besoin de ces rencontres entre « riches » et « pauvres », qu’au niveau individuel, nous avons besoins de prendre conscience que les « pauvres » sont riches de ce qui fait la pauvreté des « riches » ; ils sont riches de solidarité, d’entraide, de relations familiales fortes, là où nous sommes pauvres de solitude, d’individualisme, de relations médiatisées où nous oublions le face à face… bref riches de ce qui fait le cœur de l’humain qui est relation. Je me demande QUI va faire changer cette société tellement révoltante d’injustice, qui permet que les salaires soient si terriblement écartés, que 20% de la population vive avec un salaire 15 fois inférieur au 20% des plus riches, que le salaire des diplômés soit équivalent aux salaires européens, mais que le salaire mensuel des métiers qui ne requièrent pas de diplôme soit de 180 euros environ… dans un pays où les transport, la nourriture sont presque aussi chers que chez nous… Comment faire ?? Et nous, à notre niveau individuel, étant là seulement quelques mois mais nous attachant à ce pays, à ces personnes ; que pouvons nous faire ?? C’est avec ces questions que nous restons en ce moment, cela trotte dans nos têtes et dans nos cœurs, cela nous bouscule, nous remue... Bien sûr nous choisissons l’espérance, et j’espère que cette espérance est en partie active avec notre choix d’être ici, et d’être présents à ces réalités. |
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