Marie-Sibylle SNOY en BolivieLe 17 mai 2008 « Pour ce qui est du boulot, ça y est c’est lancé et bien lancé, pas le temps de s’ennuyer durant la semaine ! Je donne cours le matin d’ética moral, à l’école de Tirani. J’étais sensée le faire une semaine sur 2, alternant avec la sœur Mercedes. Sauf que, nous sommes en Bolivie et le changement et l’imprévu sont les choses les plus banales qu’il soit ! Bref, vendredi dernier, pendant le dîner, la sœur nous annonce calmement qu’elle s’en va de Tirani pour un mois voire plus ! J’ai donc hérité des cours qu’elle donnait… je vous rassure, elle donnait cours de religion mais ce n’est pas pour autant que moi aussi je fais ça, je reste sans grande hésitation avec mes thèmes d’étique et morale ! Ceux qui me connaissent bien, s’imaginent sans trop de peine que je suis plus à l’aise de parler des émotions, des valeurs, ou des droits de chacun que de Saint Marc ou Saint Mathieu ! Seul petit inconvénient de ces changements : j’avais enfin réussi à mettre en place le suivi psy de 4-5 enfants les jours ou je ne donnais pas cours, et bien je peux tout abandonner, je n’ai plus assez de temps ! Et oui, ça continue toujours comme ça, pas moyen de planifier quoi que ce soit à plus d’une semaine… Dur dur pour une psy d’imaginer un suivi stable et régulier ! Mais d’un autre côté, ces cours sont intéressants également pour mieux connaître les enfants, repérer les difficultés de chacun d’entre eux et leurs donner un petit espace d’expression. Lors des cours habituels, la discipline se fait sans trop de réflexion, le bâton à la main du prof, la voix perçante, sans jamais essayer de comprendre la raison de l’enfant… Ce n’est pas toujours évident pour moi d’arriver avec mes belles théories et de maintenir le calme sans élever la voix alors que qu’ils ne connaissent pas cette méthode ! Et d’avoir le prof à la fin du cours qui me retrouve et me dit simplement : « mais pourquoi vous ne tapez pas ? c’est le seul langage qu’ils comprennent ! ». Mais quel bonheur et quelle victoire d’obtenir l’attention de tous, juste par le sujet du cours et non les hurlements ! D’autre part, je vais devoir aussi rencontrer toutes les familles des enfants venant au comedor (cantine du village, payée par l’état…), afin de faire les « fiches psychologiques » de chaque enfant, fiche que demande l’état, obligatoires si l’on veut continuer à recevoir de la nourriture… Le comedor a lieu tous les jours de la semaine, et la fundacion y participe un peu, afin d’aider les mères chargées de le faire tourner, à gérer les aliments, l’argent, et l’entrée des enfants chaque jours (il y a une liste mais les mères ne savent pas lire…). Environ chaque jour viennent 170 enfants. Et bien pour être honnête, j’ai rarement le courage d’aller aider à distribuer la bouffe après 5h de cours et avant 4h de soutien scolaire ! Mais ce qui est sûr c’est que même si faire des fiches psychologiques pour chaque enfant n’a pas énormément de sens, cela va être une bonne occasion pour moi de rencontrer tous les parents (invisibles autrement…). Enfin, niveau boulot, le soutien scolaire continue à son rythme régulier, avec un petit détail en plus : 3 des 5 volontaires sont partis, nous ne sommes plus que 4 pour 70 enfants en moyenne, ce qui corse un peu les choses ! Mais d’un autre côté les enfants sont bien habitués au rythme maintenant, nous connaissent bien et surtout nous font confiance…Et ça c’est génial ! Des moments exceptionnels sont passés avec eux chaque après-midi, que ce soit des « miracles » dans les apprentissages, ou des parties de foot sans fin avec les plus grands ! Voilà, comme vous pouvez le remarquer tout avance petit à petit, je me fais mon trou, je tisse des relations, j’essaye de gagner la confiance de chacun, mais il est si facile de faire un pas en avant et 10 en arrière sans trop comprendre pourquoi ! Un mot de travers et tout peut être à recommencer ! Et en revanche, une petite discussion de 5 mn dans la cours de recré, des échanges de choses plus personnelles, et hop, c’est un pas de plus vers la confiance ! et ça se sens si fort tout ça dans chaque relation, c’est extraordinaire… Chaque jour, nous vivons des expériences si riches humainement parlant ! Pour l’instant je me rapproche surtout des profs, il me reste encore 20 mois pour réussir à toucher les parents ! C’est absolument certain que mon 2nd semestre ici sera totalement différents du premier ! » |
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